Les fantômes du désert
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L’Eldorado, ce royaume chimérique couru pendant des décennies
par les Conquistadores en Amérique du Sud, y perdant raison et âme,
existait bel et bien : il était là, or blanc brillant dans la lumière
du désert d’Atacama. Le « sel de pierre », le salpêtre, ou nitrate de
soude, s’étendait en nappes miroitant au Soleil, dans la Pampa del Tamarugal
et la Pampa del Indio Muerto. Le gisement de nitrate de l’Atacama était
unique au monde, riche en azote, le nitrate constituait à l’époque un
engrais riche et servait à la fabrication de la poudre à canon. A partir
de 1860 et jusqu’au krach de 1929, des oficinas, grandes exploitations
de nitrate, se sont établies par dizaines dans le désert. |
Tout au long de la route panaméricaine, entre Chanaral et
Arica, s’égrènent aujourd’hui les cités fantômes des immenses exploitations
de nitrates. Durant près d’un siècle, des hommes égarés, littéralement
prisonniers du désert, ont vécu et sont morts dans la poussière et le
sel, sous un ciel éternellement, désespérément bleu. Les mirages de richesses de l’Atacama, véritable no man’s land aux frontières incertaines, ont déclenché, le premier mars 1879, la Guerre du Pacifique entre Pérou, Bolivie et Chili, un conflit qui a redessiné les frontières sud-américaines et dont l’écho des batailles ne s’est jamais apaisé. |